les articles et tribunes parus dans la presse autour de mon travail

Changer son prénom, pour mieux vivre

Article paru dans Le Monde du 26 décembre 2010

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Conflits de famille

Article paru dans La Croix le 17 février 2010

C’est parce qu’il y a des liens d’amour et de sang dans la famille, et qu’on en attend beaucoup, que les conflits sont si nombreux et si douloureux.

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A Noël, les familles ne sont pas toujours à la fête

Article paru dans le quotidien Le Monde du 21 décembre 2009

Noël, fête de la famille par excellence. Moment de retrouvailles, de partage au pied du sapin, d’émerveillement et de magie pour les enfants. Certains s’en réjouissent des semaines à l’avance, d’autres la redoutent. On la voudrait harmonieuse, et pourtant, il arrive que ces moments suscitent déception, amertume, voire même règlements de comptes.

Premier casse-tête, avec qui passer Noël ? Chez qui aller ou qui inviter ? Combien de temps restera-t-on pour éviter que la joie de se retrouver cède le pas aux éventuels contentieux ? « Ce sont des questions auxquelles il est important de répondre le plus rapidement possible« , commente Nicole Prieur, psychothérapeute de formation philosophique. Mais il est parfois difficile de trancher quand la culpabilité s’en mêle. Doit-on laisser tomber sa mère âgée pour aller passer les fêtes dans la belle-famille de son fils ? Même les adultes se retrouvent parfois coincés dans des conflits de loyauté qui les paralysent.

« Il importe de mettre à distance la pression des uns et des autres et de se poser la question de savoir dans quelle situation on va se sentir le mieux. Il faut assumer d’être déloyal vis-à-vis de quelqu’un. Grandir, c’est forcément trahir« , poursuit la psychothérapeute. Certains resteront d’éternels enfants, comme ce couple qui se sépare pour les fêtes partant, chacun avec un enfant sous le bras, passer Noël dans sa famille d’origine.

Ces choix sont d’autant plus cornéliens en cas de séparation ou de recomposition familiale. Quand les « ex » et nouveaux conjoints s’entendent bien, rien n’empêche de se retrouver tous ensemble. Mais c’est assez rare. Croyant bien faire, des parents séparés choisissent de se retrouver le temps de Noël pour faire plaisir à leurs enfants. Une situation forcée qui risque d’être mal vécue par tout le monde. « Cela n’a pas de sens de reconstituer une famille qui n’existe plus, considère Catherine Audibert, psychologue et psychanalyste. C’est même un peu cruel pour les enfants dont l’espoir de voir leurs parents se remettre ensemble est ravivé pour être de nouveau déçu car ils sentent bien que cette histoire ne se recollera pas. »

Comment, dès lors, trouver un compromis satisfaisant ? « Les fêtes de Noël posent la question du noyau familial« , poursuit Catherine Audibert. En cas de recomposition, si on essaye de partir des enfants, c’est mission impossible. « Il faut remettre le nouveau couple au centre de la famille et trouver ensuite une organisation avec les autres parents pour voir comment on s’arrange avec les enfants d’une année sur l’autre« , considère la psychanalyste.

Le tout, c’est de ne pas figer les choses dans le marbre, savoir être souple. « Quelquefois, on s’enferme dans des rituels qu’on répète d’année en année, remarque Nicole Prieur. Il faut savoir faire preuve d’imagination et bousculer les habitudes. » Les couples séparés l’ont bien compris, qui n’hésitent pas à fêter Noël avant ou après selon qu’ils ont ou pas leurs enfants. D’autres passent le réveillon chez les beaux-parents, le Noël chez les parents, ou alternent chaque année. D’autres encore décident de ne pas s’obliger à fêter Noël en famille, cette année, parce que, vraiment, c’était trop tendu, et le passent avec des amis.

« Mieux vaut passer ces fêtes avec un esprit de tranquillité, plutôt que de s’obliger à les passer en famille si les tensions sont trop fortes« , commente Catherine Audibert. Mais ne pas culpabiliser suppose un travail de renoncement. Il faut assumer le fait qu’il y aura des mécontents, qu’on ne peut pas réunir ou faire plaisir à tout le monde.

Car il arrive que les réunions de famille dérapent ou soient source de rancoeur et de tensions. Hélène, 44 ans, heureuse en couple et mère de deux petites filles, témoigne de son dernier Noël raté. Tout avait bien commencé. Son père, sa mère, son compagnon, ses frères et leurs épouses, les enfants étaient réunis au grand complet.

Et puis la conversation entre elle et son frère, de deux ans son aîné, a dérapé autour de la comparaison entre l’enseignement public et privé. « Mon frère a commencé à me traiter d’idiote et je me suis retrouvée projetée à l’âge de mes 10 ans, quand il passait son temps à m’humilier. Je ne sais pas ce qui m’a pris je lui ai jeté mon verre de vin à la figure. Je suis sortie de mes gonds et j’ai explosé en larmes. Mes parents ont dû penser « Hélène refait sa crise ». »

Certaines souffrances de l’enfance peuvent remonter à la surface au moment de Noël. Il suffit d’un regard, d’une remarque pour les réactiver. « L’ego est un puzzle composé de différentes identités, explique Nicole Prieur. Dans ces réunions de famille, toutes les identités de l’individu, fille, mère, femme, enfant, nièce, tante et identité professionnelle se retrouvent en même temps en alerte et mettent les nerfs à fleur de peau. » C’est parce qu’on est toujours dans l’attente d’une famille, de parents idéaux que ces manques reviennent en force lors de ces grandes messes familiales. Alors faut-il se laisser aller et se dire ses quatre vérités ?

« On ne règle pas ses comptes en jetant une bombe au milieu d’une fête, considère Nicole Prieur. Ça risque de durcir les choses. Il faut avoir fait un travail sur soi qui nous permette d’accepter la réalité de notre famille et de donner du sens à ses défaillances. Mon expérience de thérapeute montre que quand les parents voient leurs enfants ne plus leur en vouloir, ils changent de posture d’une façon presque spontanée, naturelle.  » Que vive la trêve de Noël !

A lire :

« Œdipe et Narcisse en famille recomposée« , de Catherine Audibert, éd. Payot, 2009, 204 p., 18 €.
« Petits Règlements de comptes en famille« , de Nicole Prieur, éd. Albin Michel, 252 p., 16 €.

Martine Laronche

Frères et soeurs : je t’aime, moi non plus

article paru dans Top Santé de novembre 2009

Top Santé, novembre 2009

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« La confiance en famille est un bien précieux » et « On ne peut pas éviter qu’à l’adolescence ils se sentent trahis »

Deux interview parues dans La Croix du 28/10/09.

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Famille : « La question de l’argent reste taboue »

Article paru dans le quotidien Le Monde du 18 octobre 2009

En amour, on ne compte pas. Vraiment ? Nicole Prieur, psychothérapeute de formation philosophique, pense, au contraire, dans un livre qui vient de paraître, Petits règlements de comptes en famille, que les différends sont inévitables à l’intérieur de la famille, du couple, de la fratrie. Quand l’affectif et l’argent s’emmêlent, les contentieux surgissent.

Pourquoi vous êtes-vous intéressée à la problématique des règlements de comptes familiaux ?

D’abord, parce qu’elle est très présente dans ma pratique clinique. Mes patients souffrent de contentieux familiaux qui n’ont pas été réglés. Ils peuvent éprouver pendant des années un fort sentiment d’injustice et, dans le même temps, se sentir coupables d’en vouloir à leurs parents, à leur fratrie. Ils restent figés dans une position d’enfant. Tout mon travail consiste à faire en sorte que ces personnes puissent accepter que cette reconnaissance qu’ils estiment ne pas avoir eue n’adviendra pas. C’est ce que j’appelle solder les comptes.
Ensuite, parce que la question de l’argent dans la famille et dans le couple reste taboue. Je reçois des patients pour qui il est plus difficile de parler de la manière dont l’argent est géré dans le couple que de leur sexualité. On est encore soumis à l’idéologie selon laquelle « en amour, on ne compte pas ». Or plus on pose comme antagonistes argent et amour, moins on se donne les moyens de penser l’articulation entre sentiments moraux et intérêts financiers. On mélange tout.

Que risque le couple à ne pas parler d’argent ?

Il risque de s’installer dans un malentendu. La manière dont on pense l’argent dans le couple est très liée à sa famille d’origine. Il faut savoir s’en rendre compte pour s’en affranchir. J’ai reçu une jeune mariée. Elle se disait malheureuse car elle considérait son mari comme mesquin. A bien y regarder, cet homme apparaissait juste attentif aux dépenses. Mais cette jeune femme n’avait pas remis en cause les valeurs transmises par sa famille d’origine.
En cas de séparation, les couples risquent de mélanger logique marchande et règlements de comptes affectifs : « Il ne m’a jamais comprise, il va le payer. » L’argent ne peut pas réparer la souffrance de la séparation. On ne peut pas s’en sortir de cette façon.

En quoi les fêtes de famille sont-elles propices au réveil des contentieux familiaux ?

Les fêtes de famille réveillent en nous les différentes facettes de nos identités : on est à la fois enfant, petite-fille, femme, mère… Toutes ces dimensions sont sollicitées, ce qui crée en nous des conflits de loyauté. Il est très difficile d’harmoniser toutes ces facettes. On ressent une espèce de tumulte, de brouhaha.

Quelle attitude adopter ?

Ce n’est pas tant en parlant avec son père ou sa mère qu’on réglera ses comptes, mais en acceptant l’idée que la reconnaissance n’est pas là où on aurait souhaité qu’elle vienne. Il faut redonner du sens aux manques ressentis, sinon on risque de les subir toute notre vie, reconnaître ce que nos parents nous ont effectivement donné. On se reconstitue ainsi une espèce de filiation psychique positive. On ne se construit pas contre quelqu’un.

Dans cette arithmétique familiale, qu’est-ce qui fonde les liens de la fratrie ?

Les liens fraternels sont très éloignés de l’idéologie de la fraternité. Ils se construisent dans la durée. Il ne suffit pas d’être frères pour être dans le partage. Le frère qui naît, c’est d’abord un gêneur qui nous fait perdre l’exclusivité du regard parental. Cela peut susciter chez l’enfant une angoisse existentielle très forte. Cette peur s’accompagne de désir de destruction d’autant plus difficile à dépasser qu’il génère une lourde culpabilité. Il incombe aux parents d’établir un lien éthique dans la fratrie en posant les limites de ce qui est à l’un et à l’autre. On ne doit pas imposer aux enfants de s’aimer, mais de se respecter.

L’héritage, moment de faire les comptes dans la fratrie, aboutit parfois à des brouilles durables. Que se passe-t-il ?

Les choses dont on hérite ont une autre valeur que leur valeur marchande. Elles sont perçues comme un ultime message post-mortem des parents à chacun de leurs enfants. L’égalité n’a rien à voir là-dedans. Un enfant peut hériter d’un bien de même valeur marchande que celui de son frère et s’estimer lésé. « Tu as hérité de la maison de campagne. Moi de l’appartement à Paris. Cela signifie que tu étais le préféré. »

Les fantasmes destructeurs à l’égard du frère vont resurgir. On va présenter, en quelque sorte, à ses frères et sœurs la facture des dettes qu’on n’a jamais pu solder avec ses parents. L’héritage est ce moment ultime où l’on peut décider d’en finir avec les règlements de comptes, ou, au contraire, choisir de s’enferrer dans ce qu’ils ont de plus sordide, de plus inutile, de plus néfaste.

Propos recueillis par Martine Laronche

Quand on aime, on compte

article paru dans Le Temps, le 28 septembre 2009

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Les transmissions familiales

Article paru dans Famille et éducation en septembre 2009

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L’adolescence

extrait de mon livre Raconte-moi d’où je viens

« Vous avez semé un enfant, vous récoltez une bombe » disait Winnicott aux parents d’adolescents. En effet, bien des pères et des mères déplorent de ne plus retrouver chez leur adolescent leur tendre chérubin.
Révoltés, malheureux, ils nous entraînent inévitablement dans leurs profondes contradictions. L’ambivalence règne en maîtresse des lieux.
Ils ont envie d’être compris, mais si on les comprend trop ils ont le sentiment d’intrusion. Ils veulent se passer de notre amour, mais si on ne les regarde plus, ils s’effondrent. Ils déclarent qu’ils n’ont pas besoin de nous, alors qu’il faudrait être disponible à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Les copains deviennent leur univers, mais ils ont du mal à quitter le nid douillet.

En réalité, quelque chose a réellement explosé à l’intérieur du corps de votre fille ou de votre garçon au moment de sa puberté.
Il ou elle assiste, comme médusé, sidéré, à l’éclosion d’un corps nouveau, étrange qu’il/ elle ne reconnaît pas. Dans cette part la plus intime d’eux-mêmes, il se passe quelque chose qu’ils ne maîtrisent pas, qui les dépassent, qu’ils ne parviennent pas à identifier.
Non, non ne culpabilisez pas ! Vous leur avez sans doute suffisamment expliqué, anticipé. Ce qu’il se passe là n’est pas de l’ordre du savoir, mais d’une singularité qui s’éprouve elle-même, dans le corps et dans la psyché, dans ce qu’elle a de plus unique.
Une déferlante d’expériences nouvelles et étranges les traversent.
Premières règles, premières éjaculations, premiers désirs troublants, premiers poils, prémisses d’une sexualité adulte alors qu’ils restent dépendants affectivement, financièrement, symboliquement, premiers baisers, premier soutien gorge, première sortie entre copains, entre copines… L’adolescence déborde de « premières fois ».

Le corps devient origine

Au plus profond de l’être, dans un vécu indicible, inquiétant, l’origine se révèle aussi comme une réalité interne et contemporaine.
Elle n’est pas seulement quelque chose d’antérieure et d’extérieure. Elle est là en eux. Ils la vivent en direct, ils en éprouvent les ressorts à même leur chair.
Quelque chose naît en eux, révélant que le processus de la naissance n’est pas seulement lié et réduit à une date. On ne naît pas qu’une fois dans sa vie. En soi, tout au long de son existence des choses peuvent surgir, advenir. « Il n’y a pas de progrès, il y a des naissances successives » disait R. Char. Bob Dylan l’exprimait aussi à sa manière « Qui n’est pas en train de naître est en train de mourir. »

L’origine n’appartient pas seulement au passé

Cette prise de conscience va relativiser les questions de gestation, de procréation.
Ce soubresaut intime va transformer une grande partie de leurs repères. C’est ce qui fait crise en eux. Cette formidable entreprise de mutation, de métamorphose pubertaire entraîne, en effet, une véritable expérience de déliaison, voire un sentiment de déréalité. Ils ne se reconnaissent plus, ils ne savent plus qui ils sont.
Chacun traversera à sa manière cette période, et à des âges différents – 13, 16, 20 ans, voire 30 ou 40 ans. Nul besoin que la crise soit spectaculaire pour que le travail s’effectue. Et quand cela prend des allures de drames ou de tragédies, cela n’augure pas forcément d’un avenir sombre.

Insémination artificielle : comment lui dire ?

Interview dans Elle19/03/2007.

13 000 enfants naissent chaque année en France par fécondation in vitro (FIV). Comment leur expliquer simplement ? Nicole Prieur, philosophe et psychothérapeute d’enfants, y consacre un livre, « Raconte-moi d’où je viens » (éd. Bayard).

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