Crises
dans la transmission par Serge Tisseron
Il existe aujourd’hui une crise dans la transmission. Cette
crise, dont les causes échappent en grande partie à
la famille, s’y traduit par un désarroi important.
Certaines
de ces causes sont liées aux nouvelles technologies. Celles-ci
contribuent en effet à une précarisation croissante
des liens qui s’accompagne d’un état d’insécurité
psychique. Le refoulement ne fonctionne plus ou très mal,
d’autant plus que la satisfaction immédiate des désirs
érotiques et agressifs est constamment mise en scène
dans les médias. Et du coup, le mécanisme psychique
qui permet de se socialiser change. Ce n’est plus le refoulement,
mais le clivage, avec des effets considérables sur la vie
sociale. D’un côté, l’enfant paraît
intérioriser les règles de celle-ci : il apprend à
être sage et obéissant. Mais d’un autre côté,
les représentations d’action liées à
l’expression immédiate des pulsions restent disponibles
et agissantes comme modèles. Le propre de la personne clivée
est de pouvoir passer brutalement d’une attitude qui semble
accepter les règles sociales à une autre qui les transgresse
sans culpabilité…
Un
autre aspect de cette crise est la réduction des contacts
de proximité physique entre parents et enfants : les punitions
corporelles sont bannies tandis que l’intimité partagée
fait suspecter le risque de pédophilie. Du coup, des enfants
grandissent en n’investissant plus leur corps comme lieu de
plaisir et de souffrance, mais seulement comme un espace fonctionnel
qu’ils peuvent tout aussi bien attaquer qu’utiliser
pour attaquer autrui.
Pour
ces raisons, la culpabilité que la tradition occidentale
avait mis des siècles à organiser est en train de
laisser place à la hantise de honte. Quand la punition ne
suscite ni ne rencontre aucune culpabilité, elle provoque
une surenchère agressive dont le seul but est d’échapper
à une honte vécue la catastrophiquement comme une
marginalisation totale et définitive. Et cette angoisse est
d’autant plus vive que la solution des difficultés
est attendue du partage des compétences avec les pairs du
même âge bien plus que par un recours à l’aide
des adultes.
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