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Quand l’amour fait mal : colloque 2013 du Ceccof

Les 29 & 30 novembre 2013 s’est tenu le Colloque annuel du Ceccof sur le thème : « Quand l’amour fait mal ».

Retrouvez des extraits audio des interventions suivantes :

– Nicole Prieur : Le désamour des adolescents

– table ronde avec Serge Hefez, Françoise Rougeul, Jean-Michel HAVET & Nicole Prieur : Pourquoi l’amour fait mal en famille ?

– François Jullien : L’intime à l’encontre de l’amour

– Bernard Prieur : De l’amour en couple à l’amour en famille

– Serge Hefez : Quand l’amour fait mal

Trouver la bonne distance entre les générations

Article paru dans La Croix du 7 novembre 2012

vignette-LaCroix-071112 (cliquer sur l’image pour lire l’article)

L’adolescence

extrait de mon livre Raconte-moi d’où je viens

« Vous avez semé un enfant, vous récoltez une bombe » disait Winnicott aux parents d’adolescents. En effet, bien des pères et des mères déplorent de ne plus retrouver chez leur adolescent leur tendre chérubin.
Révoltés, malheureux, ils nous entraînent inévitablement dans leurs profondes contradictions. L’ambivalence règne en maîtresse des lieux.
Ils ont envie d’être compris, mais si on les comprend trop ils ont le sentiment d’intrusion. Ils veulent se passer de notre amour, mais si on ne les regarde plus, ils s’effondrent. Ils déclarent qu’ils n’ont pas besoin de nous, alors qu’il faudrait être disponible à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Les copains deviennent leur univers, mais ils ont du mal à quitter le nid douillet.

En réalité, quelque chose a réellement explosé à l’intérieur du corps de votre fille ou de votre garçon au moment de sa puberté.
Il ou elle assiste, comme médusé, sidéré, à l’éclosion d’un corps nouveau, étrange qu’il/ elle ne reconnaît pas. Dans cette part la plus intime d’eux-mêmes, il se passe quelque chose qu’ils ne maîtrisent pas, qui les dépassent, qu’ils ne parviennent pas à identifier.
Non, non ne culpabilisez pas ! Vous leur avez sans doute suffisamment expliqué, anticipé. Ce qu’il se passe là n’est pas de l’ordre du savoir, mais d’une singularité qui s’éprouve elle-même, dans le corps et dans la psyché, dans ce qu’elle a de plus unique.
Une déferlante d’expériences nouvelles et étranges les traversent.
Premières règles, premières éjaculations, premiers désirs troublants, premiers poils, prémisses d’une sexualité adulte alors qu’ils restent dépendants affectivement, financièrement, symboliquement, premiers baisers, premier soutien gorge, première sortie entre copains, entre copines… L’adolescence déborde de « premières fois ».

Le corps devient origine

Au plus profond de l’être, dans un vécu indicible, inquiétant, l’origine se révèle aussi comme une réalité interne et contemporaine.
Elle n’est pas seulement quelque chose d’antérieure et d’extérieure. Elle est là en eux. Ils la vivent en direct, ils en éprouvent les ressorts à même leur chair.
Quelque chose naît en eux, révélant que le processus de la naissance n’est pas seulement lié et réduit à une date. On ne naît pas qu’une fois dans sa vie. En soi, tout au long de son existence des choses peuvent surgir, advenir. « Il n’y a pas de progrès, il y a des naissances successives » disait R. Char. Bob Dylan l’exprimait aussi à sa manière « Qui n’est pas en train de naître est en train de mourir. »

L’origine n’appartient pas seulement au passé

Cette prise de conscience va relativiser les questions de gestation, de procréation.
Ce soubresaut intime va transformer une grande partie de leurs repères. C’est ce qui fait crise en eux. Cette formidable entreprise de mutation, de métamorphose pubertaire entraîne, en effet, une véritable expérience de déliaison, voire un sentiment de déréalité. Ils ne se reconnaissent plus, ils ne savent plus qui ils sont.
Chacun traversera à sa manière cette période, et à des âges différents – 13, 16, 20 ans, voire 30 ou 40 ans. Nul besoin que la crise soit spectaculaire pour que le travail s’effectue. Et quand cela prend des allures de drames ou de tragédies, cela n’augure pas forcément d’un avenir sombre.