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Petits règlements de compte en famille sur TV Carcassonne

interview réalisée le 14 mars 2014 lors de la conférence organisée par l’Union Départementale des Associations Familiales de l’Aude autour de mon livre Petits règlements de compte en famille :


Petits règlements de comptes en famille, à lire… par TVcarcassonne

Famille et argent : un mariage délicat

Article paru dans L’École des Parents n° 609 (juillet-août 2014)

(cliquer sur une image pour lire l’article)

Comment parler d’argent avec les enfants ?

Article paru dans le magazine Psychologies de février 2011

La honte empêche souvent les parents d’évoquer leurs difficultés financières en famille, constate la philosophe et psychothérapeute Nicole Prieur. L’enfant est pourtant prêt à les entendre, sous réserve que les parents conservent leur statut d’adulte.

Lire Comment lui parler de nos problèmes d’argent ? en PDF

Famille : « La question de l’argent reste taboue »

Article paru dans le quotidien Le Monde du 18 octobre 2009

En amour, on ne compte pas. Vraiment ? Nicole Prieur, psychothérapeute de formation philosophique, pense, au contraire, dans un livre qui vient de paraître, Petits règlements de comptes en famille, que les différends sont inévitables à l’intérieur de la famille, du couple, de la fratrie. Quand l’affectif et l’argent s’emmêlent, les contentieux surgissent.

Pourquoi vous êtes-vous intéressée à la problématique des règlements de comptes familiaux ?

D’abord, parce qu’elle est très présente dans ma pratique clinique. Mes patients souffrent de contentieux familiaux qui n’ont pas été réglés. Ils peuvent éprouver pendant des années un fort sentiment d’injustice et, dans le même temps, se sentir coupables d’en vouloir à leurs parents, à leur fratrie. Ils restent figés dans une position d’enfant. Tout mon travail consiste à faire en sorte que ces personnes puissent accepter que cette reconnaissance qu’ils estiment ne pas avoir eue n’adviendra pas. C’est ce que j’appelle solder les comptes.
Ensuite, parce que la question de l’argent dans la famille et dans le couple reste taboue. Je reçois des patients pour qui il est plus difficile de parler de la manière dont l’argent est géré dans le couple que de leur sexualité. On est encore soumis à l’idéologie selon laquelle « en amour, on ne compte pas ». Or plus on pose comme antagonistes argent et amour, moins on se donne les moyens de penser l’articulation entre sentiments moraux et intérêts financiers. On mélange tout.

Que risque le couple à ne pas parler d’argent ?

Il risque de s’installer dans un malentendu. La manière dont on pense l’argent dans le couple est très liée à sa famille d’origine. Il faut savoir s’en rendre compte pour s’en affranchir. J’ai reçu une jeune mariée. Elle se disait malheureuse car elle considérait son mari comme mesquin. A bien y regarder, cet homme apparaissait juste attentif aux dépenses. Mais cette jeune femme n’avait pas remis en cause les valeurs transmises par sa famille d’origine.
En cas de séparation, les couples risquent de mélanger logique marchande et règlements de comptes affectifs : « Il ne m’a jamais comprise, il va le payer. » L’argent ne peut pas réparer la souffrance de la séparation. On ne peut pas s’en sortir de cette façon.

En quoi les fêtes de famille sont-elles propices au réveil des contentieux familiaux ?

Les fêtes de famille réveillent en nous les différentes facettes de nos identités : on est à la fois enfant, petite-fille, femme, mère… Toutes ces dimensions sont sollicitées, ce qui crée en nous des conflits de loyauté. Il est très difficile d’harmoniser toutes ces facettes. On ressent une espèce de tumulte, de brouhaha.

Quelle attitude adopter ?

Ce n’est pas tant en parlant avec son père ou sa mère qu’on réglera ses comptes, mais en acceptant l’idée que la reconnaissance n’est pas là où on aurait souhaité qu’elle vienne. Il faut redonner du sens aux manques ressentis, sinon on risque de les subir toute notre vie, reconnaître ce que nos parents nous ont effectivement donné. On se reconstitue ainsi une espèce de filiation psychique positive. On ne se construit pas contre quelqu’un.

Dans cette arithmétique familiale, qu’est-ce qui fonde les liens de la fratrie ?

Les liens fraternels sont très éloignés de l’idéologie de la fraternité. Ils se construisent dans la durée. Il ne suffit pas d’être frères pour être dans le partage. Le frère qui naît, c’est d’abord un gêneur qui nous fait perdre l’exclusivité du regard parental. Cela peut susciter chez l’enfant une angoisse existentielle très forte. Cette peur s’accompagne de désir de destruction d’autant plus difficile à dépasser qu’il génère une lourde culpabilité. Il incombe aux parents d’établir un lien éthique dans la fratrie en posant les limites de ce qui est à l’un et à l’autre. On ne doit pas imposer aux enfants de s’aimer, mais de se respecter.

L’héritage, moment de faire les comptes dans la fratrie, aboutit parfois à des brouilles durables. Que se passe-t-il ?

Les choses dont on hérite ont une autre valeur que leur valeur marchande. Elles sont perçues comme un ultime message post-mortem des parents à chacun de leurs enfants. L’égalité n’a rien à voir là-dedans. Un enfant peut hériter d’un bien de même valeur marchande que celui de son frère et s’estimer lésé. « Tu as hérité de la maison de campagne. Moi de l’appartement à Paris. Cela signifie que tu étais le préféré. »

Les fantasmes destructeurs à l’égard du frère vont resurgir. On va présenter, en quelque sorte, à ses frères et sœurs la facture des dettes qu’on n’a jamais pu solder avec ses parents. L’héritage est ce moment ultime où l’on peut décider d’en finir avec les règlements de comptes, ou, au contraire, choisir de s’enferrer dans ce qu’ils ont de plus sordide, de plus inutile, de plus néfaste.

Propos recueillis par Martine Laronche