les articles et tribunes parus dans la presse autour de mon travail

La culpabilité fait partie intégrante du rôle de parent

Réalités familiales n°136-137, Concilation vie familiale – vie professionnelle, juin 2022

Nicole Prieur, philosophe et thérapeute familiale, propose une analyse de ce tiraillement vécu par les parents dans leur tentative de concilier leur temps parental avec leurs obligations professionnelles.

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Partir en vacances avec des amis : bonne ou mauvaise idée ?

Le Télégramme, 11 juin 2022

Partir en vacances avec des amis, pour se fabriquer des éclats de rire et des souvenirs, pour le plaisir de se voir plus souvent. Bonne idée ou prise de risque ?

Et si on partageait une location à deux familles cet été ? Barbecue tous les jours pendant que les enfants joueront ensemble ! Pour la bande de copains en fin d’études, ce sera un tour d’Europe sac à dos. Pour les trois sœurs et leurs maris : des bungalows au camping et des tournois de pétanque. Il est tentant de partir en vacances avec une autre famille, un couple, un groupe de copains ou son meilleur ami : cela permet de casser les habitudes, de sortir un peu du tête-à-tête conjugal, ou tout simplement de passer du temps avec des gens que l’on aime bien et qu’on voit trop peu dans l’année. Et puis cela convoque des clichés de vacances idéales, on fantasme de chouettes moments de partage comme au cinéma : ambiance « Camping » (avec Franck Dubosc), douce nostalgie avec « Les petits mouchoirs » (de Guillaume Canet) ou joyeux délires comme dans « Les Bronzés » ?

« Quand nous sommes adulte, l’amitié participe à l’équilibre de l’existence, » rappelle Nicole Prieur, philosophe et psychothérapeute, dans « Les Trahisons nécessaires » (éditions Robert Laffont). « Les moments passés entre amis sont de véritables bouffées d’air dans une vie bien remplie entre famille, couple, travail. » Reste qu’il n’est pas anodin d’élargir les vacances en dehors du premier cercle, celui du conjoint et, le cas échéant, des enfants encore jeunes.

Une amitié mise à l’épreuve

Au-delà des projets de loisirs partagés, randonnées, bronzage ou apéros, cela signifie aussi un partage de temps et d’espace personnel qui peut mettre l’amitié à l’épreuve. Et pas seulement à cause de la corvée de vaisselle…

En effet, vivre à plusieurs, même si ce n’est que pour une semaine, c’est plonger direct dans un accélérateur temporel et émotionnel. Tout va plus vite et plus fort quand on sort des routines du quotidien pour s’enfermer dans la bulle vacancière. C’est ainsi que des voisins de camping passent du statut de parfaits inconnus à super-copains qu’on se promet de revoir (ou pas). Alors les copains ou amis, frangins ou cousins adultes, avancent aussi d’un pas : ils passent du cercle de la décontraction sociale à celui de l’intimité.

Aux frontières de l’intime

Tous les espaces privés sont touchés : l’’intimité personnelle, quand on partage la même salle de bain et pour toutes les culottes, le même fil à linge ; l’intimité du couple, dont les conversations peuvent être entendues, mais aussi l’intimité familiale à travers l’éducation des enfants («Toto, pour la dernière fois, vient manger ! »). Or, tout comme nous avons besoin de maintenir des distances physiques avec autrui (cela s’appelle la proxémie), qui vont de 45 cm à 3,6 mètres selon qu’il s’agit d’amis, de connaissances ou d’inconnus ; nous avons aussi besoin de distances psychiques. De façon imprévisible, la promiscuité peut se révéler oppressante. On peut se sentir envahi. Même une amie très chère peut produire cet effet, ou si ce n’estpas elle, ce sera son mari… Nul besoin de disputes, la seule intersection des bulles personnelles de chacun provoque un sentiment de malaise qui facilite les tensions.

Or, celles-ci surgissent vite quand la cohabitation conduit à une confrontation de valeurs. On pense aussitôt au rapport à l’argent ou à l’éducation des enfants (Toto est vraiment désobéissant), mais il y a aussi les petites manies quotidiennes (Gilbert qui met toujours les pieds sur la table basse).

Des règles qui s’estompent

En société, les règles de la politesse et du savoir-vivre sont faites pour limiter les tensions et les envies de se coller des baffes façon village d’Astérix. Et de fait, elles fonctionnent assez bien avec des simples connaissances ou des copains un peu éloignés. Mais par définition, elles s’estompent avec les « familiers », le frangin, la cousine ou l’ami d’enfance, tous ceux avec qui « on ne va pas faire des manières » et dont on présume l’indulgence puisqu’ils nous connaissent si bien… Ne soyons pas pessimistes, bien souvent ça marche : les joies partagées font oublier les petites agaceries.

Mais pas toujours. De tendue, la relation peut alors devenir conflictuelle. Chacun revendique sa liberté d’être soi et vice -versa. De fait, si on ne peut pas se sentir libre en vacances, alors quand ? « Je ne vais pas supporter sa musique pourrie tous les soirs ! ». « La relation aux amis met à l’épreuve notre patience, notre souplesse et notre tolérance », explique Nicole Prieur.

Jusqu’où peut aller la franchise ?

La franchise est sans conteste la meilleure solution pour lever les tensions. « Mais jusqu’où peut-elle aller ? Jusqu’où est-elle utile, acceptable pour l’autre ? », questionne l’autrice des « Trahisons nécessaires ». « L’amitié nous renvoie à des dilemmes importants. Dire, ne pas dire ? » Pour éviter de vivre ce genre de dilemme, mieux vaut y réfléchir à deux fois. Avant. Et admettre éventuellement que les meilleurs amis ne font pas forcément les meilleurs compagnons de vacances. En revanche, quand ça fonctionne, on se donne vite rendez-vous pour les prochaines vacances. Et c’est comme au cinéma !

Mer ou montagne, ce que les paysages disent de nous

Notre temps, 3 juin 2022

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« Lors d’un héritage, chacun a une calculette inconsciente » : pourquoi frères et sœurs se divisent

ouest-france.fr, 31 mai 2022

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Nos parents en maison de retraite: comment dépasser le sentiment de culpabilité ?

Notre Temps, 23 mai 2022

Installer son parent en Ehpad est une décision difficile à prendre: « suis-je une mauvaise fille ? Un mauvais fils ? » L’éclairage de la psychothérapeute Nicole Prieur sur les bouleversements que cela engendre pour les familles.

Questions de famille

La Vie, mai-juin 2022

« Mon travail empiète sur toute ma vie »

11/05/22 – Nicole Prieur, philosophe et thérapeute, spécialisée dans les enjeux relationnels familiaux, répond cette semaine à Bruno, 47 ans, dont la vie professionnelle envahit tout, au détriment du reste.

« Je n’arrive pas à couper les ponts avec ma mère »

[01/06/2022 – Nicole Prieur, philosophe et thérapeute, spécialisée dans les enjeux relationnels familiaux, répond cette semaine à Marion, 42 ans, qui s’interroge sur sa relation complexe à sa mère.

Questions d’argent : un (délicat) équilibre à trouver entre les parents et le tout juste majeur

Le Monde, 10 mai 2022

Si, à 18 ans, on peut, du jour au lendemain, s’occuper seul de son compte bancaire et de ses placements, le jeune majeur continue souvent à dépendre financièrement de ses parents. La situation n’est pas toujours simple à gérer pour les deux parties.

Génération 2004. Ils passent leur bac cette année, sont désormais majeurs ou presque et ont, pour certains, voté pour la première fois à l’élection présidentielle. Il suffit d’une bougie supplémentaire sur un gâteau d’anniversaire pour basculer dans le monde des adultes : le jeune de 18 ans peut ouvrir seul un compte en banque, souscrire les placements de son choix, contracter un crédit, se marier ou se pacser, se porter caution pour un tiers ou encore signer un bail pour louer un appartement. C’est également à cet âge que s’ouvre l’accès aux sites de paris sportifs.

« Il n’y a pas de transition : avant 18 ans, le jeune ne peut rien faire seul ; une fois majeur, il peut gérer et disposer librement de ses biens sans que ses parents puissent s’en mêler », explique Me Xavier Boutiron, notaire associé chez Cheuvreux.

Non seulement l’accord des parents n’est plus nécessaire, puisque le jeune devient capable au sens juridique du terme, mais ces derniers ne sont même pas nécessairement informés : ceux qui suivaient jusque-là les dépenses de leur rejeton sur leur application bancaire n’ont plus accès au compte de leur enfant le jour de sa majorité, sauf si celui-ci signe une procuration.

Une autonomie bienvenue pour ces grands adolescents jusque-là contraints à la ruse pour garder leur jardin secret. Avant 18 ans, nombre d’entre eux retirent des espèces au distributeur de billets afin d’éviter de laisser des traces : l’argent liquide peut être utilisé sans avoir de comptes à rendre, tandis que les paiements par carte permettent aux parents d’identifier le lieu et la date de chaque dépense – du genre : « Mais qu’est-ce que tu faisais dans un McDo à l’autre bout de la ville le 6 mai ? »

Une « dette éthique »

A 18 ans, un nouvel équilibre doit s’installer. « Le jeune adulte est désormais autonome sur le plan juridique, il fait ses études, est parfois en couple mais continue à dépendre financièrement de ses parents. On sait que cela crée une loyauté invisible, car l’enfant se sent en quelque sorte responsable vis-à-vis de ses parents », décrit Nicole Prieur, philosophe, thérapeute familiale et coautrice avec Bernard Prieur du livre La Famille, l’argent, l’amour (Albin Michel, 2016).

« Cette dette éthique est un moteur, mais peut aussi peser lourd lorsque le jeune se sent obligé de poursuivre des études financées et choisies par ses parents », poursuit Mme Prieur.

Il faut donc du temps pour devenir autonome en matière financière. « On n’est pas complètement adulte tant qu’on reste dépendant financièrement de ses parents », rappelle de son côté Béatrice Copper-Royer, psychologue clinicienne spécialisée dans l’enfance et l’adolescence. Le jeune majeur reste d’ailleurs le plus souvent dans le foyer fiscal de ses parents, qui continuent ainsi à bénéficier de sa part ou demi-part fiscale et doivent déclarer les éventuels revenus de leur enfant.

Cette déclaration de revenus peut être l’occasion d’aborder le sujet de l’argent en famille. « Les parents ont, eux aussi, un budget à respecter. Le sujet est souvent tabou, mais il est important de parler aux jeunes adultes de ses éventuelles difficultés autour de ses revenus, du crédit immobilier, de l’achat d’une voiture ou du financement des études », ajoute Mme Copper-Royer.

A leur majorité, certains jeunes se retrouvent à la tête d’un héritage dont ils peuvent désormais disposer légalement. C’est le cas lorsque l’un des parents est décédé quelques années auparavant ou, plus souvent, quand un grand-parent décédé avait prévu par testament de laisser une somme d’argent à chacun de ses petits-enfants.

Tant que l’enfant est mineur, ce sont ses parents qui gèrent les biens reçus en héritage. « A sa majorité, l’enfant récupère le pouvoir de gestion : il dispose librement de cet héritage, et peut donc le vendre s’il le souhaite, sans que ses parents puissent rien y faire », rappelle Me Boutiron. Avec la tentation, pour certains, de profiter de leur nouvelle liberté et de ces fonds tombés du ciel.

Des clauses « garde-fous »

La situation est un peu différente en cas de donation, lorsque des parents ou grands-parents transmettent de leur vivant un bien ou une somme d’argent à un mineur. « On peut réaliser une donation avec charges : cette clause peut prévoir que l’accord des parents est nécessaire pour vendre le bien pendant une période prédéfinie, par exemple jusqu’aux 25 ans de l’enfant ou jusqu’à la fin des études », détaille ainsi Me Boutiron.

Même précaution pour les contrats d’assurance-vie ouverts au nom d’un mineur par ses parents ou grands-parents. A ses 18 ans, il en dispose librement, dans le respect des conditions prédéfinies. « Ces clauses sont de bons garde-fous. Cela évite que le jeune ne dépense tout en quelques mois, grisé par la somme mise à sa disposition, alors que les ascendants avaient souvent en tête qu’elle puisse servir d’apport pour un achat immobilier », note Stéphane van Huffel, directeur général de la plate-forme de solutions de placement Netinvestissement.

Mais gare aux clichés, les jeunes ne sont pas tous des cigales tentées de flamber leur capital. Une partie de la Gen-Z (génération Z, c’est-à-dire les 13-25 ans) veut devenir riche ! Ainsi, Yomoni (produits d’investissement en ligne) a reçu des demandes d’ouverture de compte de la part de jeunes qui souhaitaient investir sur les marchés financiers plusieurs dizaines de milliers d’euros provenant… d’un crédit étudiant.

« Nous avons eu plusieurs demandes de ce type. Les jeunes ont dans l’idée de faire fructifier leur capital avant de commencer à rembourser leur prêt dans cinq ans. Bien entendu, nous leur expliquons que ce n’est pas possible, car la Bourse est un investissement risqué nécessitant un horizon de long terme, bien supérieur à cinq ans », précise Charlotte Thameur, directrice conseil de Yomoni.

Agnès Lambert

Dépenses dissimulées, héritage secret… Petites cachotteries financières entre conjoints

Madame Figaro, 5 mai 2022

TÉMOIGNAGES – En couple, ils ont tu un héritage, caché des achats ou menti sur leur montant. Entre conjoints, le volet finance peut être tabou. Alors il arrive qu’un « petit » mensonge se glisse dans la relation.

À la question « Qu’emporteriez-vous si votre maison brûlait ? », Grégory pense automatiquement à deux choses : son album photo de famille et sa montre. Cette dernière a une valeur sentimentale mais aussi financière, près de 2800 euros. Un montant colossal, payé avec ses propres deniers mais dont sa compagne n’a pas connaissance. « Quand je lui ai parlé de son prix, j’ai enlevé un zéro. Je lui ai dit que j’avais fait une excellente affaire. Et elle n’a pas tiqué car les montres, ce n’est pas son truc », raconte le trentenaire, partagé entre la fierté d’avoir réussi l’entourloupe et la gêne liée à ce « petit » mensonge.

Ces cachotteries financières seraient fréquentes, « même chez les couples les plus solides », commente Nicole Prieur, philosophe, psychothérapeute, et coauteure de La Famille, l’argent, l’amour.

Comment sortir des rivalités fraternelles à l’âge adulte ?

lefigaro.fr, 22 avril 2022

La relation fraternelle est souvent la plus longue d’une vie. Afin de la préserver, il est essentiel de la délester des conflits de l’enfance.

«Je me suis mariée avant elle, j’ai obtenu l’Oscar avant elle, et si je meurs avant elle, elle en deviendra blême. Même là, je l’aurai devancée» , a déclaré un jour l’actrice britannique Joan Fontaine, évoquant ses relations avec sa soeur aînée Olivia de Havilland. En mourant à l’âge de 96 ans, sept ans avant son aînée, l’héroïne du film nRebecca d’Alfred Hitchcock réalisait cet étrange «voeu»: faire enrager sa soeur jusqu’au bout, quitte à expirer la première ! En proie à d’inapaisables conflits, les deux actrices ne se voyaient plus depuis près de quarante années. Mais nul besoin de fouler les tapis rouges pour vivre une rivalité sororale ou fraternelle. Nicole Prieur, thérapeute familiale et autrice de l’ouvrage Les trahisons nécessaires (Robert Laffont), estime que «le lien fraternel s’établit dans l’enfance autour d’un sentiment de perte pour l’aîné et de manque pour les suivants. D’où un lien ambivalent fait de rivalités et de complicité. Pour que tout aille bien, il faut un équilibre entre les deux.»

Une fois l’âge adulte atteint, on pourrait penser que le temps des bouderies pour un cadeau plus beau fait à l’un ou une attention plus grande portée à l’autre est passé. Mais «certaines personnes continuent d’avoir l’impression que leurs frères et soeurs sont privilégiés ou ont un statut différent du leur, explique Dana Castro, psychologue. Cela engendre chez elles un sentiment d’injustice très fort. Elles peuvent aussi soupçonner leurs parents de faire des différences entre les divers petits-enfants, ce qui réactive les rivalités fraternelles.» Un autre mécanisme peut entretenir l’animosité dans la fratrie : l’appropriation par les enfants des plaintes parentales. «Une personne reprochera par exemple à son frère ou sa soeur, sans véritablement y réfléchir, de n’être  » jamais content , parce qu’elle l’entend dire systématiquement par son père ou sa mère», précise la psychologue.

« Il faut essayer d’accepter les fragilités de ses parents et ne plus attendre d’eux ce qu’ils ont été incapables de donner. » Nicole Prieur, thérapeute familiale et autrice de l’ouvrage «Les trahisons nécessaires» (Robert Laffont).

Pour dépasser les rivalités fraternelles, il est donc nécessaire de se détacher de l’impact des comportements parentaux. «Il faut essayer d’accepter les fragilités de ses parents et ne plus attendre d’eux ce qu’ils ont été incapables de donner, suggère Nicole Prieur. Si l’on n’a pas été le chouchou ou supposé tel, se rendre compte qu’on s’en est sorti par soi-même est souvent réconfortant. En outre, on peut prendre conscience qu’il n’est pas toujours facile d’être l’aîné ou l’enfant préféré.»

Reste qu’il est important d’échanger avec ses frères et soeurs sur cette souffrance que l’on a ressentie pendant l’enfance. Mais pas sur le ton du reproche, ce qui aurait peu de chances de faire évoluer la relation. «En principe, personne ne peut contester ce que vous avez ressenti, relève Dana Castro. Il est donc préférable d’expliquer que l’on a été blessé plutôt que d’accuser un membre de sa fratrie de lui avoir fait subir telle ou telle attitude. Entamer un dialogue de cette nature permet parfois d’apaiser la relation.» Autre avantage : se remémorer cette période permet de se rendre compte à quel point chaque personne interprète différemment les événements de son enfance. «En partageant leurs souvenirs, frères et soeurs réécrivent leur histoire, constate Nicole Prieur. À partir de cet échange, l’enjeu est de commencer à regarder son frère ou sa soeur comme un individu singulier et non comme le produit d’un système familial.»

Le fait d’avoir des vies très différentes peut-il empêcher soeurs et frères de surmonter leurs rivalités ? Pas nécessairement. «On peut avoir en commun certaines valeurs ou occupations autour desquelles se retrouver, souligne Nicole Prieur. Comprendre ce que l’on partage permet également d’accepter les différences, qui ne sont pas en soi négatives. Car à partir de ce constat, il est plus facile de se dire : en quoi sommes-nous complémentaires ?» La réponse est loin d’être anodine quand on songe à ce qui attend la fratrie avec le vieillissement des parents. Chacun des frères et soeurs a alors tendance à occuper une fonction particulière auprès d’eux : écouter leurs plaintes, les aider à certains moments clés… «Si les enfants ne sont pas au clair avec la raison pour laquelle ils choisissent ce rôle et si les rivalités entre eux n’ont pas été surmontées auparavant, cela ne peut que les attiser», avertit Nicole Prieur. «Ou alors les rivalités surviennent à ce moment précis lorsqu’un des membres de la fratrie s’occupe exclusivement du parent survivant, tout en s’en plaignant, ajoute Dana Castro. Les autres lui reprochent alors cette emprise.»

« Dans certains cas, il faudrait pouvoir accepter que la relation soit nécessaire mais régulièrement traversée de tempêtes. Si on veut la conserver malgré tout, c’est à chacun de trouver les ajustements nécessaires qui le permettent, tout en préservant son propre intérêt psychologique. » Dana Castro, psychologue.

Une étude menée en 2000 par la professeure de psychologie américaine Heidi R. Riggio a établi que plus la relation fraternelle était positive (évaluation par un questionnaire auprès de 711 participants), plus la stabilité émotionnelle et l’ajustement psychologique des personnes étaient grands. Une bonne raison pour dorloter le lien fraternel, à la condition de ne pas en payer le prix personnellement. «Dans certains cas, il faudrait pouvoir accepter que la relation soit nécessaire mais régulièrement traversée de tempêtes, constate Dana Castro. Si on veut la conserver malgré tout, c’est à chacun de trouver les ajustements nécessaires qui le permettent, tout en préservant son propre intérêt psychologique.» Quitte, parfois, à s’éloigner un temps, pour mieux revenir.