L’argent au féminin : pourquoi les hommes sont-ils plus riches ?

Actes du colloque Regards de femmes, 18 novembre 2025, Lyon

L’intervention introductive de Nicole Prieur a permis de poser le cadre psychologique des inégalités financières, en mettant en lumière les mécanismes de transmission familiale et symbolique du rapport à l’argent.

Nicole Prieur, essayiste et thérapeute familiale, propose une lecture historique et psycho-sociale des inégalités économiques entre les femmes et les hommes.

Elle rappelle que ces inégalités commencent dès l’enfance — lorsque les petites filles reçoivent moins d’argent de poche que les garçons — et se renforcent au fil des années, sous l’effet de stéréotypes profondément ancrés, transmis inconsciemment au sein des familles.

Ce phénomène se poursuit à l’adolescence, où malgré de meilleurs résultats scolaires, les filles s’orientent vers des filières moins rémunératrices, souvent dans le soin et l’éducation, en raison d’une mauvaise image de soi et d’injonctions sociétales.

À l’âge adulte, la maternité représente un frein majeur, une « pénalité de maternité » qui ralentit la carrière des femmes. Ce « plafond de mère », aussi contraignant que le plafond de verre en entreprise, est accentué par une répartition genrée des tâches domestiques et des dépenses financières, où l’homme investit tandis que la femme gère le quotidien.

Les conséquences de ces mécanismes sont massives : en cas de séparation, les femmes perdent environ 20 % de leur niveau de vie contre 8 % pour les hommes. Au moment des successions, les patrimoines transmis creusent davantage l’écart entre femmes et hommes.

Nicole Prieur insiste sur le fait que ces inégalités ne sont pas le fruit d’un choix individuel, mais s’inscrivent dans un héritage historique : les femmes n’ont obtenu le droit d’ouvrir un compte bancaire sans l’accord de leur mari qu’en 1965. Les mentalités évoluent lentement, et les représentations ancestrales continuent à peser fortement.

Pour changer la donne, il faut oser parler d’argent, lever le tabou et réhabiliter son usage éthique au sein des couples et des familles. Cela passe par un renforcement de l’estime de soi des femmes, la valorisation de leur travail invisible, et une prise de conscience collective pour lutter contre les biais inconscients.

Cette lecture offre une grille de compréhension essentielle pour aborder les échanges qui vont suivre, et rappeler que l’égalité économique repose sur la transformation profonde des mentalités et des pratiques sociales.