France Inter, Grand bien vous fasse, 18 mars 2026
Être parent comprend son lot d’épreuves… La plus difficile, c’est parfois celle de voir son enfant partir ! Que faire d’une chambre vide et de sa mélancolie quand notre foyer se retrouve déserté ? Comment trouver un nouvel équilibre ? Comment réinvestir sa vie ?
Tristesse, fierté, soulagement… Quand les enfants quittent le foyer familial, les parents traversent toutes sortes d’émotions. Un moment de vie que tout parent sait inéluctable, mais qui interroge l’identité, le couple et le sens à donner à la suite. Le « syndrome du nid vide » n’est pas une pathologie psychiatrique, mais « c’est quand même une épreuve, parce que c’est le moment d’une séparation, ça va bouleverser notre identité, notre rythme, le sens de notre vie », explique la psychothérapeute et thérapeute familiale Nicole Prieur, autrice de Familles. Explorer ce qui se joue dans nos liens pour mieux comprendre qui nous sommes (Eyrolles, septembre 2025). Elle souligne qu’« il y a souvent un mouvement dépressif qu’il faut accepter ».
Le silence soudain de la maison
La psychothérapeute et sexologue Olivia Benhamou insiste sur la complexité du ressenti : « On est à la fois très fiers de voir nos enfants grandir, devenir autonomes, mais d’un autre côté, on se dit qu’ils n’ont plus du tout besoin de nous. » Ce décalage entre le savoir cognitif – on sait que les enfants partiront – et le ressenti émotionnel au moment où cela arrive est au cœur de la difficulté. Le silence soudain de la maison, l’absence de bruit et de désordre, constituent autant de rappels concrets d’une présence qui n’est plus là.
La durée de cet épisode douloureux est un indicateur important. Selon Olivia Benhamou, « il y a un passage nécessaire, c’est un épisode dépressif que l’on vit », mais si la tristesse persiste au-delà de quelques mois ou d’un an, sans capacité à « réinvestir d’autres pans de sa vie », à « retrouver un élan vital », il est nécessaire de consulter.
Elle pointe également la coïncidence fréquente, pour les mères, avec la ménopause, « une période de vulnérabilité physique, mais également psychique » qui peut générer des « troubles de l’humeur liés à une chute brutale des taux d’hormones », rendant parfois difficile la distinction entre souffrance hormonale et souffrance liée au départ des enfants. La psychothérapeute ajoute que « c’est aussi une période de la vie où on commence à s’occuper de nos parents qui vieillissent, donc on est également confronté à d’autres pertes ».
Le couple mis à l’épreuve
Le départ des enfants agit souvent comme un révélateur des tensions conjugales préexistantes. « Le moment du départ va révéler ce qu’on appelle la conjugopathie – la souffrance du couple – qui était masquée par la présence joyeuse des enfants », analyse Olivia Benhamou, qui observe que beaucoup de couples consultent à cette période : « Ce contrat initial de départ – former une famille, élever des enfants – est arrivé à échéance, il est devenu obsolète. Il faut en trouver un autre. Si on a la chance de bien s’entendre, d’être restés complices et d’avoir des centres d’intérêt communs, des envies communes, une vision du monde et même de la relation aux enfants similaires, c’est formidable. Mais si on fait le constat qu’on diverge sur beaucoup de choses, on arrive souvent à l’idée d’une séparation, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. »
Le syndrome du nid vide ne concerne pas seulement les parents. Nicole Prieur attire l’attention sur les grands-parents très investis auprès de leurs petits-enfants, qui peuvent vivre une séparation « encore plus brutale » lorsque les visites se raréfient à l’adolescence. Elle souligne aussi l’impact sur les fratries : les cadets restés à la maison vivent souvent le départ d’un aîné comme un abandon, parfois jusqu’à la dépression.
Se réinventer : la nécessité de s’occuper de soi
Face à ce vide, une priorité : ne pas construire son identité exclusivement autour du rôle parental. « On ne se réduit pas à une seule facette de notre identité », rappelle Olivia Benhamou, qui établit un parallèle avec le passage à la retraite pour ceux qui auraient tout donné à leur travail. Nicole Prieur insiste sur l’importance d’apprendre à « préparer notre propre autonomie vis-à-vis de nos enfants, à avoir moins besoin d’eux. On ne le dit pas assez, mais on a besoin de nos enfants, de leur sourire, qu’ils nous fassent plaisir de leur amour. Surtout en tant que femme, on a besoin de donner, d’être dans le soin, et à ce moment-là, si on n’a pas pris l’habitude de s’occuper de soi, on ne sait plus à qui donner. » Olivia Benhamou recommande de maintenir un réseau social actif et, à chaque séparation, d’avoir « un ordre d’idées de la prochaine occasion de retrouvailles. Quitter ses enfants sans savoir quand on va les revoir, c’est vraiment dur. »
Quant aux enfants qui culpabilisent à l’idée de partir, elle adresse un message clair : « Ils ne sont pas responsables du bonheur et du bien-être de leurs parents. Ils ont une vie à vivre, et c’est maintenant. Cela n’empêche pas d’avoir de l’empathie pour le chagrin de ses parents, mais cela ne devrait pas les empêcher de se projeter, il faut qu’ils prennent leur envol. »
