Jusqu’où le traitre peut-il être pardonné ?

Radio Notre-Dame, En quête de sens, 12 avril 2022

Pourquoi la trahison fait-elle partie de la vie ?

France Bleu, C’est déjà demain, 22 mars 2022

Les trahisons sont considérées comme l’un des plus grands drames de la vie. Difficilement vécues et assumées, elles pourraient malgré tout nous aider à grandir et à nous épanouir. Et si trahir faisait partie de la vie ? C’est la question que Frédérique Le Teurnier pose à son invitée.

Il n’y a pas pire position que celle du traître. Quand elle intervient dans une relation, la trahison est un drame qui bouleverse nos repères. Elle peut, quelques fois même, être traumatisante et engendrer une perte de confiance. Décevoir nos parents, nos proches, nos collègues ou nos amis serait pourtant nécessaire pour grandir. Pourquoi la trahison fait-elle partie de la vie ?

Pour en parler, Frédérique Le Teurnier reçoit Nicole Prieur, philosophe et psychanalyste spécialisée dans les relations familiales. Elle est l’auteure du livre Les trahisons nécessaires aux éditions Robert Laffont.

Ces petites trahisons qui nous font avancer

Notre Temps, avril 2022

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Quid de la reconnaissance de ses enfants ?

La Croix, 9 mars 2022

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Comment mieux jouer son rôle de grand-mère avec ses petits enfants ?

En quête de sens, Radio Notre-Dame, 7 mars 2022

L’art de trahir en politique

Madame Figaro, 4-5 mars 2022

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Les trahisons nécessaires pour être soi

podcast Métamorphose, 24 février 2022

Anne Ghesquière reçoit dans Métamorphose Nicole Prieur, philosophe et psychothérapeute spécialisée dans les relations familiales. S’accomplir, changer, être à sa juste place, saisir les opportunités… Nous y aspirons tous. Pourtant, que ce soit dans le domaine familial, amical ou professionnel, on sent parfois que quelque chose nous retient. Et s’il fallait parfois s’affranchir de personnes, d’engagements ou de liens qui nous nécrosent ? Et si trahir était parfois bon pour nous et pour ceux qui nous entourent ? Explorons ces nécessaires trahisons. Épisode #270

Avec Nicole Prieur, j’aborderai les thèmes suivants (extrait des questions) : • Votre démarche est inédite et pour le moins peu orthodoxe. Que signifie trahir ? • Pourquoi est-ce si fréquent de se trahir soi-même ? • “Trahir pour ne pas se trahir”… C’est votre formule pour retrouver la joie de vivre ? • “La famille est le lieu de nos premières souffrances”. Pourquoi est-ce si compliqué la famille ? Qu’en est-il de la trahison au sein du couple ? Le bonheur de se sentir vivant, pour vous c’est entrer en cohérence, qu’est-ce que cela signifie ? • “Grandir, c’est trahir.” La trahison est-elle une voie pour notre liberté, de rupture avec l’ancien ? • Quels sont vos principales “clés” pour constituer notre “trousseau” et ainsi grandir ? • On parle beaucoup de souffrance au travail. Pourquoi et comment peut-il au contraire, être source et ressource de bien-être ? • Accepter la trahison, c’est accepter finalement que l’être humain est en mouvement. Votre message final est un grand message d’espoir d’oser désobéir. • On comprend maintenant que trahir est nécessaire… Mais comment devenir un traître éthique et développer finalement le respect mutuel ? • Cela passe-t-il par le corps et de quelle manière, que pouvons-nous ressentir ?

Qui est mon invitée de la semaine Nicole Prieur ? Nicole Prieur est philosophe et psychothérapeute spécialisée dans les relations familiales, elle est directrice du Conseil scientifique du Centre d’études cliniques des communications familiales. Son dernier livre, Les trahisons nécessaires – S’autoriser à être soi chez Robert Laffont, révolutionne notre conception des relations interpersonnelles et nous allons voir avec elle comment être un “traître éthique” pour devenir pleinement qui nous sommes.

Quelques citations du podcast avec Nicole Prieur : « Trahir est nécessaire à un moment donné quand vous êtes embarqué dans des loyautés qui sont néfastes pour vous. » « Grandir c’est déjà accepter que je ne serai jamais le fils, la fille idéal.e. » « Inconsciemment, je vais m’interdire de réussir là où mes parents n’ont pas pu réussir. » « Si je n’attends plus de l’autre des choses qu’il ne peut pas me donner, je le libère. » « A partir du moment où j’accepte et j’adhère à ce que je suis, je change. »

Nous nous sommes libérés des normes

Le Parisien, 23 février 2022

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Trahisons amicales, amoureuses, professionnelles… comment s’en remettre ?

elle.fr, 20 février 2022

On a toutes déjà vécu des trahisons : infidélité, coup bas au bureau, amitiés… En politique aussi les trahisons sont de rigueur alors que la campagne présidentielle s’accélère.


Pourtant les trahisons peuvent être bénéfiques. Explications.

« Mel, assieds-toi faut que j’te parle… », maintenant que vous avez en tête les paroles de « Confessions nocturnes » de Diams, vous revient sûrement en tête une sombre histoire d’infidélité qui vous a fait passer des soirées à déverser votre colère (ou haine, c’est selon) auprès de votre meilleure amie . Le monde politique n’est d’ailleurs pas épargné en pleine campagne présidentielle : récemment Marion Maréchal a déclaré qu’elle ne soutiendrait pas sa tante Marine Le Pen, Christiane Taubira vient d’être lâchée par le Parti radical de Gauche. Le dernier en date : Nicolas Bay a été relevé de ses fonctions du Rassemblement national qui l’accuse de sabotage et d’avoir transmis des informations aux équipes d’Éric Zemmour. Qu’elles soient amicales, amoureuses ou professionnelles, les trahisons s’immiscent dans toutes les sphères de notre vie.

Le sentiment de trahison nous donne l’impression d’être abandonné et de subir une situation. Loin d’être une fatalité, ce que l’on ressent lorsque l’on est trahi.e n’est pas forcément une mauvaise chose, au contraire, cela peut même être bénéfique. Explications avec Nicole Prieur, thérapeute familiale et auteur de « Les trahisons nécessaires » (Ed. Robert Laffont) et Charlotte Jacquemot, chercheure au CNRS en sciences cognitives.

Apprendre à ne plus se trahir soi-même

La trahison « est un véritable tsunami à tous les niveaux de notre existence », explique Nicole Prieur. La thérapeuthe précise que le sentiment de trahison se caractérise par une perte d’affection voire une perte d’identité, « on se demande :  » Qui suis-je moi, pour ne pas être considéré par l’autre  » ? », détaille-t-elle. Notre croyance dans l’honnêteté en amitié peut en prendre un coup et souvent il arrive de sombrer car cela touche à notre confiance, « le sens autour duquel on avait construit sa vie s’effondre. Comme ceux qui après une infidélité disent  » mon couple c’était tout ou ceux, trahis par des ami.es pour qui  » l’amitié est une porte de sortie ». La trahison devient une fatalité que l’on ne peut ni contrôler, ni éviter. « Dans mes consultations, j’entends souvent l’idée selon laquelle le fait d’avoir été trahi est vu comme un point de conclusion. » À cela s’ajoute que la trahison a une connotation morale négative : trahir ce n’est pas bien.

Selon la thérapeuthe, on gagnerait donc plus à voir la trahison non plus comme un « acte mais comme un processus ». Autrement dit, « lever la condamnation morale et considérer que c’est un processus, moins on restera rigide dans notre analyse, plus on se donnera les chances de voir les perspectives ». Elle insiste sur le fait de reprendre le contrôle de la situation : « L’enjeu c’est d’apprendre à ne plus se trahir soi-même, à considérer ce que l’on veut vraiment, c’est l’occasion de mettre les choses à plat, de reconsidérer les choses ».

Le cerveau : arme anti-trahison

Un ajustement psychologique donc, que l’on observe aussi dans notre cerveau comme l’explique Charlotte Jacquemot, chercheure au CNRS en neurosciences. « Le fonctionnement normal du cerveau c’est de faire des prédictions, choses que l’on fait de manière totalement implicite », détaille-t-elle. Pour mieux comprendre, la chercheuse donne un exemple concret : « Quand vous apprenez à conduire, si vous tournez le volant vers la droite, vous faites la prédiction que la voiture va se diriger dans telle direction. Vous évaluez ensuite le lien entre le mouvement que vous avez fait et la direction qu’a réellement pris la voiture ».

Dans les interactions sociales, Charlotte Jacquemot explique que nous faisons exactement la même chose « on va faire des prédictions sur le comportement social des individus avec qui on interagit et on réévalue si l’on s’est trompé ». Il existe une zone dans le cerveau qui permet de prédire comment les autres vont réagir, cela permet d’avoir une idée de l’influence que l’on peut avoir sur autrui. « Quand on connaît bien les personnes avec qui on interagit, notre confiance en eux est très élevée. Autrement dit, on a peu de chances de se tromper sur nos prédictions. Donc plus on est proche de la personne qui nous trahit, plus notre sentiment de trahison va être fort car la réponse qu’il nous donne est très éloignée de ce qu’on avait prédit », détaille la chercheuse. C’est le cas notamment lorsque l’on entretient une amitié toxique . « Il y a un système dans le cerveau qui permet de  » coder la trahison dans le cortex préfrontal et permet de réévaluer et de dépasser la trahison, ou pas », souligne la chercheuse.

Ne pas culpabiliser d’être en colère

Un travail implicite que fait le cerveau et qui s’ajoute à un travail émotionnel et psychologique. Lorsque l’on est victime d’une trahison cela peut révéler des sentiments de colère, une envie de se venger qui se traduit par un sentiment de colère à l’intensité variable. « Combien de fois mes patientes trompées par leur ex-conjoint me disent  » il fait ressortir le pire de moi-même explique Nicole Prieur. Il est important de rappeler que pour surmonter une infidélité , il ne faut pas culpabiliser d’être en colère car c’est une étape nécessaire qui fait que de la position de victime, on réagit, on est vivant dans la colère. »

Passé cette étape, la thérapeute préconise de cesser de trop s’interroger. Facile à dire plus qu’à faire, pourtant « accepter que la trahison est le lieu de l’incompréhension absolue peut aider », assure-t-elle. Pourquoi m’a-t-il trompé.e ? Qu’ai-je fait ou ne pas fait pour arriver à cette situation ? Autant de questions qu’elle conseille de mettre de côté pour avancer et « accepter que la trahison induit des points de vue antagonistes ». Au-delà de ces deux premières phases, la thérapeute explique que changer son point de vue sur le processus de trahison permet de « se poser face à soi-même et de se demander :  » Aujourd’hui qu’est-ce qui est le plus important ?  » Plus je perçois ce qui a du sens pour moi, moins je laisserai prise aux trahisons », conclut-elle. Finalement, tout est une question d’ajustement entre l’esprit et le corps, souvent notre meilleur allié.